1ère CHAMBRE CIVILE, 16 janvier 2025 — 23/09125

Fait droit à l'ensemble des demandes du ou des demandeurs en accordant des délais d'exécution au défendeur Cour de cassation — 1ère CHAMBRE CIVILE

Texte intégral

N° RG 23/09125 - N° Portalis DBX6-W-B7H-YMXJ PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE

96D

N° RG 23/09125 - N° Portalis DBX6-W-B7H-YMXJ

Minute n° 2024/00

AFFAIRE :

S.C.I. MARLOU

C/

AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT

Exécutoires délivrées le à Avocats : la SELAS ADALTYS AFFAIRES PUBLIQUES la SELARL KPDB INTER-BARREAUX

TRIBUNAL JUDICIAIRE DE BORDEAUX

PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE

JUGEMENT DU 16 JANVIER 2025

COMPOSITION DU TRIBUNAL : Lors du délibéré :

Caroline RAFFRAY, Vice-Présidente, Madame Patricia COLOMBET, Vice-Présidente, Monsieur Ollivier JOULIN, Magistrat honoraire exerçant des fonctions juridictionnelles,

David PENICHON, Greffier

DEBATS :

A l’audience publique du 12 Décembre 2024 conformément aux dispositions de l’article 805 du Code de Procédure Civile.

Ollivier JOULIN, magistrat chargée du rapport, qui a entendu les plaidoiries, les avocats ne s’y étant pas opposés, et en a rendu compte dans son délibéré.

JUGEMENT:

Contradictoire Premier ressort, Par mise à disposition au greffe,

DEMANDERESSE :

La société MARLOU S.C.I, dont le siège social est : [Adresse 2] [Localité 3] Prise en la personne de ses représentants légaux

Représentée par Maître Xavier HEYMANS de la SELAS ADALTYS AFFAIRES PUBLIQUES, avocat au barreau de BORDEAUX, avocat plaidant

N° RG 23/09125 - N° Portalis DBX6-W-B7H-YMXJ

DEFENDERESSE :

L’AGENT JUDICIAIRE DE L’ETAT Direction des Affaires Juridiques [Adresse 4] [Localité 6]

Représentée par Maître Pierre FONROUGE de la SELARL KPDB INTER-BARREAUX, avocat au barreau de BORDEAUX, avocat plaidant

La Société MARLOU, Société Civile Immobilière immatriculée sous le SIREN 498207448, est propriétaire d’un appartement dans un immeuble situé [Adresse 5] à [Adresse 8] [Localité 1].

Cet appartement a été placé sous scellés par décision du juge d’instruction du Tribunal Judiciaire de [Localité 7], le 27 janvier 2022 à la suite d’une tentative de meurtre perpétué par Monsieur [G] [I] [K] sur Madame [C] [S] [U].

Alors que la levée des scellés a été refusée par le juge d’instruction, le recours indemnitaire formé le 18 avril 2023 s’est conclu par un rejet implicite, l’appartement a été restitué le 9 octobre 2023, soit après 21 mois de scellés.

La SCI a saisi le tribunal pour qu’il soit statué sur sa demande d’indemnisation.

Aucune conciliation n’a pu intervenir.

***

Au terme de ses dernières conclusions déposées le 3 avril 2024, la SCI MARLOU sollicite de voir :

CONDAMNER l’agent judiciaire de l’Etat à verser à la SCI MARLOU en la personne de son représentant légal Monsieur [E] [P] la somme de 15 523,62 € à parfaire au titre des loyers non-perçus durant la période de mise sous scellés. CONDAMNER l’agent judiciaire de l’Etat à verser à la SCI MARLOU en la personne de son représentant légal la somme de 3 960 € au titre des frais de remise en état de l’appartement. CONDAMNER l’agent judiciaire de l’Etat à verser à la SCI MARLOU en la personne de son représentant légal la somme de 2 000 € sur le fondement de l’article 700 du code de procédure civile.

Elle se prévaut d’un préjudice qui se rattache à la mise sous scellées pour les besoins d’une procédure judiciaire, de l’appartement dont elle est propriétaire.

La responsabilité de l’Etat sans faute pour rupture d’égalité devant les charges publiques est engagée son égard puisqu’elle subit les conséquences d’une intervention de la justice laquelle a causé un préjudice excédant par sa gravité les charges qui doivent être normalement supportées par les particuliers et alors même qu’aucune faute ne peut être reprochée au service. L’agent judiciaire invoque à tort une condition supplémentaire qui serait que le bail ait résilié, le locataire restant ainsi débiteur des loyers. Or l’appartement étant placé sous scellés le bien était indisponible du fait de la décision de justice et les loyers ne pouvaient être recouvrés contre le locataire.

Elle chiffre le montant des loyers perdus à 674,94 € x 23 mois = 15.523,62 €, outre 3.960 € au titre des frais de remise en état.

***

L’agent judiciaire de l’État dans ses dernières conclusions déposées le 26 mars 2024 sollicite de voir :

DEBOUTER la société MARLOU de l’ensemble de ses demandes. CONDAMNER la société MARLOU aux entiers dépens.

Il estime que la demande d’indemnisation par l’Etat de la perte des loyers à raison du placement sous scellés d’un bien immobilier peut être accueilli favorablement si, une fois le bail résilié dans les conditions prévues par la loi n°89-462 du 6 juillet 1989 modifiée tendant à améliorer les rapports locatifs, les locaux demeurent indisponibles à raison de l’activité du service de la justice

En l’espèce il revient à Monsieur [G] [K] de supporter la charge des loyers échus pendant toute la période de mise sous scellés, jusqu’à la résiliation effective de son contrat de location.

Par ailleurs la dégradation des lieux est exclusivement due au crime commis par Monsieur [G] [K], aucun lien de causalité ne pouvant être établi a