1ère chambre - Référés, 12 février 2025 — 24/01044
Texte intégral
- N° RG 24/01044 - N° Portalis DB2Y-W-B7I-CDXWW
Date : 12 Février 2025
Affaire : N° RG 24/01044 - N° Portalis DB2Y-W-B7I-CDXWW
N° de minute : 25/00055
Formule Exécutoire délivrée le :
à :
Copie Conforme délivrée le : 12-02-2025
à : Me Nicolas BARETY Me Morgane LAMBRET Me François MEURIN + dossier Régie Service Expertise
TRIBUNAL JUDICIAIRE DE MEAUX
ORDONNANCE DE RÉFÉRÉ
Par mise à disposition au greffe, les parties en ayant été préalablement avisées, a été rendue, le DOUZE FEVRIER DEUX MIL VINGT CINQ, par Monsieur Paul HUBER, Président du tribunal judiciaire de MEAUX, assisté de Madame Laurence MATHIEU-VANDEWOORDE, Greffière lors des débats et de Madame Béatrice BOEUF, Greffière lors du délibéré, l’ordonnance dont la teneur suit :
Entre :
DEMANDERESSE
Madame [B] [O] [Adresse 9] [Adresse 9] [Localité 6]
représentée par Me François MEURIN, avocat au barreau de MEAUX, avocat plaidant, substitué par Me Fanny MARNEAU, avocat au barreau de MEAUX
DEFENDERESSES
SASU JNL SERVICES (MIDAS) [Adresse 2] [Localité 6]
représentée par Me Morgane LAMBRET, avocat au barreau de MEAUX, avocat plaidant, substitué par Me Anissa ROBIN EL KHADRAOUI, avocat au barreau de MEAUX
S.A.S. STELLANTIS AUTO SAS [Adresse 3] [Localité 7]
représentée par Me Nicolas BARETY, avocat au barreau de PARIS, avocat plaidant, substitué par Me Adeline LEFEUVRE, avocat au barreau de PARIS
Intervenant(s) volontaire(s) :
S.A. AUTOMOBILES PEUGEOT [Adresse 4] [Localité 7]
représentée par Me Nicolas BARETY, avocat au barreau de PARIS, avocat plaidant, substitué par Me Adeline LEFEUVRE, avocat au barreau de PARIS
===================== Après avoir entendu les parties lors de l’audience de plaidoirie du 02 Janvier 2025 ;
EXPOSE DU LITIGE
Par actes de commissaire de justice en date des 20 novembre et 4 décembre 2024, Madame [B] [O] a fait assigner la société par actions simplifiée unipersonnelle JNL SERVICES (MIDAS) et la société par actions simplifiée STELLANTIS AUTO devant le juge des référés du tribunal judiciaire de Meaux aux fins d’obtenir la désignation d’un expert judiciaire.
Au soutien de ses prétentions, Madame [B] [O] explique avoir acquis un véhicule modèle PEUGEOT 2008 immatriculé [Immatriculation 11] auprès de Monsieur [T] [R] le 09 janvier 2024 et que d’importants dysfonctionnements ont été par la suite constatés. Malgré une expertise amiable et en l’absence de solution Madame [B] [O] a saisi le juge des référés de la juridiction de céans pour voir ordonner une mesure d’expertise judiciaire aux fins de voir chiffrer et décrire les dysfonctionnements de son véhicule et le cas échéant d’en imputer la responsabilité aux protagonistes attraits à la cause.
A l’audience du 18 décembre 2024 à laquelle l’affaire a été retenue, Madame [B] [O] a maintenu les termes de son exploit introductif d’instance.
La société JNL SERVICES, régulièrement citée et représentée à l’audience formulait les protestations et réserves d’usage.
La société STELLANTIS, régulièrement citée et représentée à l’audience sollicitait de prendre acte de l’intervention volontaire de la société AUTOMOBILES PEUGEOT en son lieu et place et dès lors la société AUTOMOBILES PEUGEOT formulait les protestations et réserves d’usage.
L’affaire a été mise en délibéré au 12 février 2025, date de la présente ordonnance.
SUR CE
- Sur la demande relative à l’intervention volontaire de la société AUTOMOBILES PEUGEOT et la mise hors de cause de la société STELLANTIS
En application de l’article 329 du code de procédure civile, l’intervention volontaire de la société anonyme AUTOMOBILES PEUGEOT dont la recevabilité n’est pas contestée, sera reçue et la mise hors de cause de la société STELLANTIS sera également jugée acquise n’étant pas le constructeur du véhicule.
- Sur la demande d’expertise
Aux termes de l'article 145 du code de procédure civile : « S'il existe un motif légitime de conserver ou d'établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d'un litige, les mesures d'instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé ».
Il est acquis que cet article est un texte autonome auquel les conditions habituelles du référé ne sont pas applicables. Il n'est ainsi pas soumis à la condition d'urgence ou à la condition d'absence de contestation sérieuse.
Une mesure d'instruction ne peut être demandée et obtenue, sur le fondement de l'article 145 du code de procédure civile lorsqu'une juridiction du fond est saisie de l'affaire. La condition d'absence de saisine préalable des juges du fond s'apprécie au jour de la saisine du juge, puisque c'est une condition de recevabilité de la demande, et non pas au jour où le juge des référés statue.
L’article 146 du code de procédure civile ne s'applique pas lorsque le juge est saisi d'une demande fondée sur l'article 145 du même code.
Ce texte suppose l'existence d'un motif légitime c'est à dire un fait crédible et plausible, ne relevant pas de la simple hypothèse qui présente un lien utile avec un litige potentiel futur dont l'objet et le fondement juridique sont suffisamment déterminés et dont la solution peut dépendre de la mesure d'instruction sollicitée à condition que cette mesure ne porte pas une atteinte illégitime aux droits d'autrui. Elle doit être pertinente et utile.
Ainsi, si le demandeur à la mesure d'instruction n'a pas à démontrer l'existence des faits qu'il invoque puisque cette mesure in futurum est justement destinée à les établir, il doit néanmoins justifier d'éléments rendant crédibles ses suppositions et justifier que le litige potentiel n'est pas manifestement voué à l'échec et que la mesure est de nature à améliorer la situation probatoire du demandeur.
La faculté prévue à l'article 145 du code de procédure civile ne saurait, en outre, être exercée à l'encontre d'un défendeur qui, manifestement, et en dehors même de toute discussion au fond, ne serait pas susceptible d'être mis en cause dans une action principale.
De plus, si la partie demanderesse dispose d'ores et déjà de moyens de preuves suffisants pour conserver ou établir la preuve des faits litigieux, la mesure d'instruction demandée est dépourvue de toute utilité et doit être rejetée.
Enfin, l'application de cet article n'implique aucun préjugé sur la responsabilité des parties appelées à la procédure, ni sur les chances de succès du procès susceptible d'être ultérieurement engagé.
En l’espèce, il résulte des pièces de la procédure que Madame [B] [O] a acquis un véhicule modèle PEUGEOT 2008 immatriculé [Immatriculation 11] auprès de Monsieur [T] [R] le 09 janvier 2024. Un contrôle technique a été réalisé le 8 janvier 2024 constatant des défaillances majeures parmi lesquelles l’état et le fonctionnement des phares, l’orientation des feux de croisement, les amortisseurs et des défaillances mineures sur l’état et fonctionnement des feux de brouillard avant et arrière, le réglage y afférent, l’état de la cabine et de la carrosserie, l’amortisseur et l’état des plaques réfléchissantes. Un entretien technique a été effectué le 12 février 2024 auprès du garage JNL SERVICES (MIDAS). Le 1er mars 2024, la demanderesse a subi une panne de son véhicule nécessitant l’intervention de son assureur et le remorquage dudit véhicule pour une intervention technique. En date du 22 avril 2024, Madame [B] [O] sollicitait le réseau de la marque de son véhicule pour l’établissement d’un diagnostic dont le résumé d’intervention figure au dossier de la procédure. Une expertise amiable a eu lieu le 19 juin 2024 à l’initiative de la demanderesse. Un rapport a été établi aux termes duquel l’expert concluait en la responsabilité probable du garage JNL SERVICES (MIDAS) pour ne pas avoir alerté la demanderesse sur le processus de destruction en cours de la chaîne reliant les arbres à cames lors de son intervention de révision à l’origine de la panne et de la présence d’une fuite d’huile moteur.
Au regard de ces éléments, et alors que le débat sur la teneur et l’imputabilité des désordres relève du juge du fond, Madame [B] [O] dispose d'un motif légitime à faire établir les désordres qu’elle allègue, un procès éventuel n'étant pas manifestement voué à l'échec.
Du tout, il résulte que les conditions d’application des dispositions de l’article 145 du code de procédure civile sont réunies et qu’il conviendra d’ordonner la mesure d’expertise requise, dans les termes du dispositif, en mettant à la charge de Madame [B] [O] le paiement de la provision initiale.
- Sur les demandes accessoires
La demande étant fondée sur l'article 145 du code de procédure civile les dépens ne seront pas réservés mais demeureront à la charge de Madame [B] [O] en application des articles 491 et 696 du code de procédure civile.
- N° RG 24/01044 - N° Portalis DB2Y-W-B7I-CDXWW PAR CES MOTIFS
Statuant par ordonnance contradictoire et en premier ressort, rendue par mise à disposition au greffe le jour du délibéré après débats en audience publique,
Vu les dispositions de l’article 145 du code de procédure civile,
Recevons l’intervention volontaire de la société anonyme AUTOMOBILES PEUGEOT,
Ordonnons la mise hors de cause de la société par actions simplifiée STELLANTIS AUTO
Ordonnons une mesure d’expertise,
Désignons pour y procéder :
Monsieur [E] [H] [Adresse 5] [Localité 8] [XXXXXXXX01] [Courriel 10]@laposte.net
expert inscrit sur les listes de la cour d’appel de Paris, lequel pourra prendre l’initiative de recueillir l’avis d’un autre technicien, mais seulement dans une spécialité distincte de la sienne,
avec mission de :
- procéder à l’examen du véhicule en cause,
- décrire son état et vérifier si les désordres allégués existent,
* dans ce cas les décrire en précisant s’ils affectent les organes essentiels, en indiquer la nature et la date d’apparition,
* en rechercher les causes, dire s’ils sont de nature à rendre le véhicule impropre à l’usage auquel il était destiné, ou s’ils en diminuent l’usage, et s’ils étaient décelables par un acheteur non professionnel, et préciser si un défaut d’entretien ou une mauvaise utilisation du véhicule est totalement ou partiellement à l’origine des désordres,
* donner son avis sur l’attitude qu’aurait pu avoir l’acheteur s’il avait eu connaissance des vices et sur le prix qu’aurait eu la chose,
* déterminer si le véhicule est apte à la circulation,
- établir une chronologie des interventions effectuées sur le véhicule antérieurement et postérieurement à la vente, vérifier si le véhicule a été accidenté, en faisant au besoin toutes recherches auprès des organismes d’assurance qui ont pu en avoir connaissance,
- déterminer la valeur du véhicule et le kilométrage réel de celui-ci au moment de la vente,
- indiquer, le cas échéant, les travaux de réparation propres à remédier aux désordres, en évaluer le coût, l’importance et la durée, ou bien indiquer la valeur résiduelle du véhicule en cas d’impossibilité de réparation, sur la base de devis communiqués par les parties,
- fournir tous éléments techniques et de fait de nature à permettre, le cas échéant, à la juridiction compétente de déterminer les responsabilités encourues et évaluer s’il y a lieu tous les préjudices subis,
Disons que pour procéder à sa mission l’expert devra :
- convoquer et entendre les parties, assistées, le cas échéant, de leurs conseils, et recueillir leurs observations à l'occasion de l'exécution des opérations ou de la tenue des réunions d'expertise,
- se faire remettre toutes pièces utiles à l'accomplissement de sa mission,
- à l’issue de la première réunion d’expertise, ou dès que cela lui semble possible, et en concertation avec les parties, définir un calendrier prévisionnel de ses opérations ; l’actualiser ensuite dans le meilleur délai :
. en faisant définir une enveloppe financière pour les investigations à réaliser, de manière à permettre aux parties de préparer le budget nécessaire à la poursuite de ses opérations,
. en indiquant les mises en cause, les interventions volontaires ou forcées qui lui paraissent nécessaires et en invitant les parties à procéder auxdites mises en cause dans le délai qu’il fixera,
. en les informant de l’évolution de l’estimation du montant prévisible de ses frais et honoraires et en les avisant de la saisine du juge du contrôle des demandes de consignation complémentaire qui s’en déduisent,
. en les informant, le moment venu, de la date à laquelle il prévoit de leur adresser son document de synthèse,
- au terme de ses opérations, adresser aux parties un document de synthèse, sauf exception dont il s’expliquera dans son rapport (par ex. : réunion de synthèse ; communication d’un projet de rapport), et y arrêter le calendrier de la phase conclusive de ses opérations :
. fixant, sauf circonstances particulières, la date ultime de dépôt des dernières observations des parties sur le document de synthèse,
. rappelant aux parties, au visa de l’article 276 alinéa 2 du code de procédure civile, qu’il n’est pas tenu de prendre en compte les observations transmises au delà de ce délai,
Fixons à la somme de 1200 € (mille deux cents euros) la provision concernant les frais d'expertise qui devra être consignée par Madame [B] [O] à la régie du tribunal judiciaire de Meaux le 12 avril 2025 au plus tard,
Disons que faute de consignation de la provision dans ce délai impératif, ou demande de prorogation sollicitée en temps utile, la désignation de l'expert sera caduque et de nul effet,
Disons que l'expert sera saisi et effectuera sa mission conformément aux dispositions des articles 232 à 248, 263 à 284-1du code de procédure civile et qu'il déposera l'original de son rapport au greffe du tribunal judiciaire dans les SIX MOIS de sa saisine, sauf prorogation de ce délai dûment sollicitée en temps utile de manière motivée auprès du Juge du contrôle,
Disons que l’exécution de la mesure d’instruction sera suivie par le juge du service du contrôle des expertises de ce tribunal, spécialement désigné à cette fin en application des article 155 et 155-1 du code de procédure civile,
Laissons les dépens à la charge de Madame [B] [O],
Rappelons que la présente ordonnance bénéficie de plein droit de l’exécution provisoire.
Le greffier, Le président,
RAPPEL DES PRINCIPES APPLICABLES AU DÉROULEMENT DE L'EXPERTISE
- Le technicien doit respecter les délais qui lui sont impartis ou, à défaut, solliciter à l'expiration desdits délais une prolongation en exposant les raisons pour lesquelles les délais octroyés ne peuvent être respectés (art.239 et 241 du code de procédure civile)
- Le technicien peut demander communication de tous documents aux parties et aux tiers sauf au juge à l'ordonner en cas de difficulté. Les parties doivent remettre sans délai à l'expert tous les documents que celui-ci estime nécessaires à l'accomplissement de sa mission. En cas de carence des parties, l'expert en informe le juge qui peut en ordonner la production, s'il y a lieu sous astreinte, ou bien le cas échéant l'autoriser à passer outre ou à déposer son rapport en l'état (art. 243 et 275 du code de procédure civile)
- Si l'expert se heurte à des difficultés qui font obstacle à l'accomplissement de sa mission ou si une extension de celle-ci s'avère nécessaire, il en fait rapport au juge. Celui-ci peut en se prononçant proroger le délai dans lequel l'expert doit donner son avis (art. 279 du code de procédure civile)
- Il sera tiré toutes conséquences de la carence des parties tant en ce qui concerne le déroulement des opérations d'expertise qu'en ce qui concerne le défaut de consignation (art. 271, 275 et 280 du code de procédure civile).