Première chambre civile, 15 mars 2017 — 15-28.224

Cassation Cour de cassation — Première chambre civile

Textes visés

  • Article <a href="https://www.legifrance.gouv.fr/search/code?tab_selection=code&searchField=ALL&query=455+code+de+proc%C3%A9dure+civile&page=1&init=true" target="_blank">455</a> du code de procédure civile.

Texte intégral

CIV. 1 JT COUR DE CASSATION ______________________ Audience publique du 15 mars 2017 Cassation partielle Mme BATUT, président Arrêt n° 369 F-D Pourvoi n° P 15-28.224 R É P U B L I Q U E F R A N Ç A I S E _________________________ AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS _________________________ LA COUR DE CASSATION, PREMIÈRE CHAMBRE CIVILE, a rendu l&apos;arrêt suivant : Statuant sur le pourvoi formé par M. [V] [D], domicilié [Adresse 1], contre l&apos;arrêt rendu le 8 octobre 2015 par la cour d&apos;appel de Nancy (2e chambre civile), dans le litige l&apos;opposant à la société Ebay Europe, société à responsabilité limitée, dont le siège est [Adresse 2](Luxembourg), défenderesse à la cassation ; Le demandeur invoque, à l&apos;appui de son pourvoi, les deux moyens de cassation annexés au présent arrêt ; Vu la communication faite au procureur général ; LA COUR, en l&apos;audience publique du 7 février 2017, où étaient présentes : Mme Batut, président, Mme Le Gall, conseiller référendaire rapporteur, Mme Kamara, conseiller doyen, Mme Randouin, greffier de chambre ; Sur le rapport de Mme Le Gall, conseiller référendaire, les observations de la SCP Monod, Colin et Stoclet, avocat de M. [D], de la SCP Boré et Salve de Bruneton, avocat de la société Ebay Europe, l&apos;avis de M. Cailliau, avocat général, et après en avoir délibéré conformément à la loi ; Attendu, selon l&apos;arrêt attaqué, que, courant juillet 2011, M. [D] a créé un compte d&apos;utilisateur sur le site de la société Ebay Europe (la société), sous le pseudonyme &quot;[E]&quot; ; que, le 7 août 2011, la société a suspendu ce compte, puis l&apos;a définitivement clôturé en mars 2012 ; que M. [D], invoquant, notamment, le caractère abusif des clauses du contrat, a assigné la société aux fins d&apos;obtenir l&apos;octroi de dommages-intérêts, la publication du jugement et le rétablissement de son compte d&apos;utilisateur sous astreinte ; Sur le second moyen : Attendu que M. [D] fait grief à l&apos;arrêt de rejeter sa demande de rétablissement du compte d&apos;utilisateur &quot;[E]&quot;, alors, selon le moyen, que M. [D], qui ne demandait pas la résiliation judiciaire du contrat, et se plaignait de l&apos;inexécution par la société de ses obligations, était en droit d&apos;obtenir que cette société soit forcée à exécuter la convention en rétablissant le fonctionnement normal de son compte ; qu&apos;en retenant que M. [D] ne pouvait obtenir l&apos;exécution forcée du contrat que la société avait résilié, la cour d&apos;appel a violé les articles 1134, 1149 et 1184 du code civil ; Mais attendu qu&apos;ayant relevé que le contrat avait été résilié par la société, la cour d&apos;appel en a exactement déduit que, nul ne pouvant contraindre un tiers à contracter, la demande de rétablissement du compte d&apos;utilisateur ne pouvait être accueillie ; que le moyen n&apos;est pas fondé ; Mais sur le premier moyen, pris en sa première branche : Vu l&apos;article 455 du code de procédure civile ; Attendu que, pour rejeter la demande de nullité de la clause de résiliation figurant aux conditions générales d&apos;utilisation du site, l&apos;arrêt retient que celle-ci n&apos;est soumise à aucune condition potestative au sens de l&apos;article 1170 du code civil, dans sa rédaction antérieure à celle issue de l&apos;ordonnance n° 2016-131 du 10 février 2016, dès lors que la suspension du compte d&apos;un utilisateur n&apos;est pas soumise à la décision discrétionnaire du site mais est prononcée si les agissements de l&apos;utilisateur portent atteinte à la sécurité du site ou sont en contradiction avec les règlements, éléments objectifs ne dépendant pas du seul pouvoir d&apos;Ebay ; Qu&apos;en statuant ainsi, sans répondre au moyen tiré du caractère abusif de la clause au regard de l&apos;absence de préavis, la cour d&apos;appel a violé le texte susvisé ; PAR CES MOTIFS et sans qu&apos;il y ait lieu de statuer sur les autres branches du premier moyen : CASSE ET ANNULE, mais seulement en ce qu&apos;il rejette la demande de nullité de la clause des conditions générales d&apos;utilisation du site permettant à la société Ebay Europe de suspendre et limiter le compte d&apos;utilisateur sans mise en demeure, l&apos;arrêt rendu le 8 octobre 2015, entre les parties, par la cour d&apos;appel de Nancy ; remet, en conséquence, sur ce point, la cause et les parties dans l&apos;état où elles se trouvaient avant ledit arrêt et, pour être fait droit, les renvoie devant la cour d&apos;appel de Nancy, autrement composée ; Condamne la société Ebay Europe aux dépens ; Vu l&apos;article 700 du code de procédure civile, déclare sa demande irrecevable et la condamne à payer à M. [D] la somme de 3 000 euros ; Dit que sur les diligences du procureur général près la Cour de cassation, le présent arrêt sera transmis pour être transcrit en marge ou à la suite de l&apos;arrêt partiel